Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy en « résistance », janvier 2013

Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy discutaient récemment sur RCJ de leur résistance au projet de loi sur le mariage homosexuel. « Il y va vraiment de notre idée de l’Homme, de l’homme et de la femme, de la nature, du modèle anthropologique, que nous souhaitons perpétuer ou infléchir » déclare A. Finkielkraut, dans la lignée des ultra-conservateurs…

Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut s’expriment au sujet du mariage pour tous. Plutôt que de dénoncer les dérapages regrettables du camp qui s’oppose au projet de loi, l’animatrice de l’émission s’irrite de la stigmatisation de l’homophobie, elle qui estime qu’après l’essai de Gilles Bernheim, les choses étaient « plutôt bien parties ». L’émission débute donc avec la dénonciation des amalgames en « -phobes ». En effet, les personnes n’ayant aucun argument réel et qui dérapent si facilement, parce qu’au fond le problème est bien l’homosexualité, non seulement tolérée mais légitimée, ne sauraient, selon Elisabeth Lévy, être homophobes. Ils ont peur que « la société aille à sa perte », mais non, ils n’ont pas peur et ne visent personne. Ils annoncent un raz de marée d’homosexualité rampante qui détruirait le modèle social et même anthropologique, au prétexte que moins de 5% des couples, les couples de même sexe, demandent à organiser leur vie de couple comme tout le monde et à bénéficier des mêmes avantages et des mêmes droits.
Alain Finkielkraut, lui, commence par faire référence à la formule d’un personnage d’Isaac Bashevis Singer, qui remonte le temps… Tentative touchante de référence à la judéité sur l’antenne de RCJ, mais guère convaincante. En déformant l’intention du grand auteur yiddish qui évoque avec nostalgie la perte d’un monde qui n’est plus, notre philosophe français annonce la fin de notre modèle de civilisation, menacé par le mariage des couples de même sexe. L’invité dénonce ce qu’il juge absurde dans les changements que traverse la société contemporaine, et va jusqu’à parler au nom des militants homosexuels d’antan qui n’auraient pas souhaité cela. « Un mode de vie différent, alternatif, affranchi du modèle familial », voilà ce qu’ils voulaient ! Mais Alain Finkielkraut oublie que ces homosexuels ne sont pas une entité monolithique. On ne sait pas de qui il parle, et aujourd’hui de nombreux hétérosexuels et homosexuels militent pour l’élargissement du droit au mariage même si eux-mêmes sont « contre » l’institution qui, par ailleurs, n’a franchement rien à voir avec ce qu’elle fut, par exemple, à l’époque des premiers militants homosexuels qu’il évoque. Ce mariage-là, des années 50, 60, 70, était encore sacrément sur le modèle patriarcal. De plus, les militants divers et variés de l’époque des années 60 et 70 par exemple, s’opposaient au modèle familial homophobe et hypocrite où l’amour n’était pas inconditionnel, et le respect de la personne dans sa différence broyé par la norme. Aujourd’hui les choses ont changé, les aspirations des gens aussi, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels. Alain Finkielkraut trouve « vertigineuses » des choses à venir,  – qui existent déjà, et qu’il ne semble pas vouloir connaître. Il blâme une  « éviction de l’altérité dans la filiation », une « fiction juridique qui révolte le sens commun », pour dénoncer la procréation médicalement assistée qui ne le dérange pas quand il s’agit de couples hétérosexuels normaux (– même le modèle d’une femme seule semble le froisser). Il dénonce le diktat du désir, et ce qu’il voit comme un déni de la différence des sexes. Inquiet de la prétendue arrogance des promoteurs de ce projet de loi, il ne s’en érige pas moins en annonciateur de la fin du monde, ce qui ne laisse pas non plus grande place au débat de fond, loin des jugements de valeurs et des points de vue philosophiques.
Elisabeth Lévy, comme à son habitude, dénonce l’angélisme coupable et dictatorial des progressistes qu’elle honnit, tandis qu’Alain Finkielkraut accuse l’optimisme grotesque de ceux qui soutiennent le projet de loi, pour mieux réaffirmer les amalgames et les peurs d’hier…

Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy animent « L’Esprit d’escalier », chaque dimanche à midi sur RCJ.

Lien vers le site de l’émission l’Esprit d’Escalier sur RCJ :

LIEN

 » Invités ce mercredi sur RCJ, tous deux ont présenté leur nouvelle émission au micro du directeur d’antenne de la station, Shlomo Malka.
Pour Alain Finkielkraut, « L’Esprit d’escalier » permettra de « revenir sur une actualité trépidante » en « s’arrachant au magma ou au flux des humeurs », de trouver également des thèmes non traités par les médias, « de faire un pas de côté ».
Elisabeth Lévy entend de son côté « échapper au babillage médiatique » en déployant en toute liberté à l’antenne le même esprit de salon qui l’anime ici même sur Causeur, « une façon de poursuivre un dialogue ». Ledit dialogue devant être selon Elisabeth « exigeant et houleux ». On leur fait pleine confiance pour cela, tout comme pour leur engagement commun à ne pas caresser les auditeurs dans le sens du poil.
(…)
Certaines de ces conversations sont publiées dans Causeur magazine ce qui une sacrée cerise sur le gâteau (…). »

Source: LIEN VERS LE MAGAZINE CAUSEUR


En guise de conclusion, voici un article assez drôle issu de RUE89:


Minorités 21/01/2013 à 09h24
Douze ans de mariage gay en Hollande : un bilan terrifiant
« Minorités »
Laurent Chambon | Chercheur en sciences politiques

 » Voilà presque douze ans que deux hommes ou deux femmes peuvent aussi se marier aux Pays-Bas. L’ouverture du mariage était une première mondiale, les pays scandinaves ayant jusqu’alors inventé de nouvelles formes de contrats pour les couples du même sexe.

C’était un lundi matin, au lycée où j’enseigne le français, au lendemain de l’énorme cortège des opposants à l’égalité entre hétéros et homos (il faut bien appeler ça par son nom) avec des slogans haineux et des serre-tête bleu marine. La télévision néerlandaise avait ouvert le journal du dimanche soir sur des images spectaculaires et un commentaire ahuri de la correspondante à Paris, du style « des centaines de milliers de Français refusent l’égalité pour les homos ».
« Pourquoi les gens étaient dans la rue ? »

Ma classe de cinquième (première classe de collège ici) est un peu nerveuse et je leur demande ce qui ne va pas.

« Monsieur, pourquoi les gens étaient dans la rue en France pour refuser le mariage des gays ? »

Je leur explique donc que le gouvernement de gauche, formé après l’élection présidentielle de l’année dernière (tout le pays l’avait suivie et commentée), a lancé un débat sur l’ouverture du mariage aux couples du même sexe. J’essaye d’en profiter pour parler de l’opposition droite/gauche et du nom des différents partis. Mais je sens la classe fébrile.

« Mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ils sont contre. »

J’essaye de leur expliquer le poids de l’Eglise, les problèmes de l’opposition à se rassembler, tout ça. Ça n’arrange rien, ça bavarde, je sens que ça va finir par des punitions.

Finalement une fille un peu plus verbale que les autres se décide…

« Non mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ça les dérange que d’autres personnes se marient. Cela ne les concerne pas. On ne va pas les obliger à se marier avec un autre homme s’ils sont des hommes, ou avec une autre femme s’ils sont des femmes. »

« Oui, vous n’expliquez pas bien, on ne comprend toujours pas pourquoi ! »

Bref, le prof est nul.
L’office de tourisme était ravi

Et c’est vrai, j’avais du mal à trouver un seul bon argument en faveur des manifestants de la veille. Je pouvais essayer de les balader avec un truc sur l’Eglise ou l’UMP au bord de l’explosion, sous menace du FN, mais pas de vraie raison crédible à leurs yeux. Je ne sais pas si c’est pareil dans les collèges et les lycées français, mais ma collègue de français, dans la salle d’à côté, a eu le même genre de questions, et elle a eu le même embarras à expliquer pourquoi.

En 2013, ça fait douze ans que les couples de même sexe peuvent se marier. On est arrivés là grâce à un débat, à la fin des années 80, sur la question de l’égalité. Ce débat a débouché sur un changement constitutionnel en 1991 (l’article premier de la Constitution stipule que tout le monde doit être traité de façon égale), et sur la mise en place d’un partenariat civil ouvert à tous les couples en 1997.

Ce partenariat a été amélioré à tel point que ses conséquences juridiques étaient les mêmes que le mariage, ce qui a fait que le mariage a finalement été ouvert à tous les couples au début du XXIe siècle. Le maire d’Amsterdam s’est empressé de marier plusieurs couples de même sexe le 1er avril 2001 à 00h01, en présence des caméras du monde entier. Amsterdam, ville la plus tolérante du monde. L’office de tourisme était ravi.

Et depuis ? Rien.

Enfin si. Pas mal de choses, même. Mais pas comme on pourrait l’imaginer.
Eliminés de tous les concours de l’Eurovision

On a eu le 11 Septembre et l’assassinat de Pim Fortuyn, folle populiste amateur de jeunes prostitués marocains. Les Pays-Bas se sont déchirés sur la question de l’islam, Rita Verdonk a été la première à draguer les homos pour qu’ils votent pour elle, au nom de l’égalité homos-hétéros menacée par les méchants musulmans. Geert Wilders l’a remplacée, sans rien changer de ce côté.

Surtout, les Pays-Bas ont été systématiquement éliminés de tous les concours de l’Eurovision, même après avoir essayé les folles, les vieux, une Turque, des Noirs, des beaufs, d’autres folles, des grandes blondes. Rien à faire. Un vrai drame national.

Beaucoup de catholiques, pour la plupart hétérosexuels, ont quitté l’Eglise à cause de son attitude intransigeante et de sa haine des homos. Les gays et les lesbiennes de sont pas nombreux, mais entre leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs amis et leurs collègues, ça commence à faire du monde.

Pas mal d’Eglises protestantes ont beaucoup bougé sur la question. Les plus progressistes condamnent toute discrimination comme étant contraire à l’esprit du message de Jésus. Les autres ont beaucoup de mal à justifier le traitement différent entre les couples de même sexe et les autres, de la même façon qu’elles ont du mal à justifier la position inférieure des femmes dans la société, la famille et la communauté.
Des imams homophobes désavoués

Les partis politiques chrétiens-démocrates ont nommé des ministres ouvertement gays et lesbiennes. Le CDA a même nommé un homo laid, obèse et incompétent comme ministre du Budget dans l’avant-dernier gouvernement, preuve s’il en est que même les homos peuvent accéder à un poste où ils s’illustrent par leur nullité et leur laideur, comme les hétérosexuels.

Quand il a révélé s’être finalement marié avec son partenaire, les Hollandais ont applaudi poliment, se demandant discrètement quel homme voudrait bien d’un mari aussi moche. L’attrait du pouvoir peut-être ? Ou si ça se trouve il est vraiment gentil. Ou très doué au lit. Personne n’a de réponse à ce jour.

Du côté du judaïsme (micro-communauté essentiellement amstellodamoise) et de l’islam (même proportion qu’en France), rien.

Enfin si, j’exagère. Des imams homophobes ont été désavoués par leurs ouailles et pour certains renvoyés dans leur pays d’origine. Pour le reste, les musulmans bien en vue rappellent que faire preuve d’intolérance est inacceptable, et les mosquées organisent des cercles de discussion pour aider les vieux qui ne parlent pas bien néerlandais à dépasser leur homophobie culturelle. Et même, pour certains, à renouer le contact avec leurs enfants homos. Eh, la famille avant tout.

Les protestants ultra-fondamentalistes (rassemblés politiquement derrière le SGP : femmes interdites d’élection, la Bible est leur programme, 2% de l’électorat), quant à eux, s’enfoncent dans la talibanisation. Leurs dérives sectaires sont l’objet des moqueries dans la presse et sur Internet, et la mixité homme-femme leur a été imposée par les tribunaux. Les journaux protestants analysent régulièrement avec les spécialistes l’isolement du SGP et de leurs ouailles du reste de la société, et s’inquiètent du fait que pour la première fois les Néerlandais ne les trouvent plus mignons ou folkloriques, mais effrayants.
Les « cas de conscience » au chômage

Les deux sujets de discorde qui existent encore sont l’enseignement et les « weigerambtenaren » (de « weigeren », refuser, et d’« ambtenaar », fonctionnaire). Mais pour combien de temps ?

Dans l’enseignement religieux sous contrat, un trou dans la loi permettait aux écoles ultra-religieuses de licencier des enseignants qui sortaient du placard. Finalement, le seul cas qui a jamais eu lieu a été jugé illégal (surtout parce que l’école n’a pas suivi les protocoles en vigueur, en particulier un premier entretien avant licenciement). Et l’opinion est désormais quasiment unanimement défavorable à cette possibilité.

En tant que prof dans l’enseignement public, je n’ai jamais caché que j’étais marié avec un homme. Les seules questions qui torturent mes élèves sont pourquoi je n’ai pas encore adopté d’enfants (« Vos enfants auraient vraiment des bonnes notes en français ! ») et de savoir si mon mari est beau.

Dans les mairies, certains fonctionnaire d’état civil avaient la possibilité de refuser d’unir les couples de même sexe au nom de leur liberté religieuse. On les appelle donc les « weigerambtenaren ». Il s’agit en fait de quelques cas de chrétiens fondamentalistes dans quelques petites communes de province, qui n’ont jamais débouché sur l’impossibilité de se marier pour des couples de même sexe. En gros, personne n’en a encore vraiment souffert en vrai.

Les communes qui avaient licencié des « weigerambtenaren » ont été condamnées à réintégrer ces fonctionnaires, parce les juges ont estimé que c’était la commune qui avait obligation de marier les couples qui le désiraient, et pas les fonctionnaires. En gros, la commune devait s’assurer que ces fonctionnaires intolérants étaient remplacés par d’autres en cas de risque de discrimination.

Après d’âpres discussions, les chrétiens fondamentalistes jouant aux victimes, le gouvernement actuel (une alliance gauche-droite où ne figure aucun parti religieux) a décidé qu’après dix ans, ça suffisait les bêtises et que les fonctionnaires allaient devoir accepter de marier tous les couples, sinon le CWI (le Pôle emploi local) serait l’endroit idéal où aller raconter leurs malheurs de chrétiens opprimés. Et sans indemnités.
L’extrême droite pro-mariage gay

Enfin, détail piquant (même si je pense, et je l’ai dit dans mon dernier livre, que le Front national de Marine Le Pen va suivre la même voie), l’extrême droite néerlandaise a largement instrumentalisé l’égalité hommes-femmes et homos-hétéros pour mieux ostraciser les musulmans.

Une extrême droite homophobe ? Cela n’existe plus. Son public-cible (surtout les petits Blancs des classes moyennes inférieures des banlieues construites sur les polders) ne comprendrait pas pourquoi on discriminerait son voisin, son enfant, son frère, sa sœur ou soi-même.

Ah oui, j’oubliais. Dernière chose : la police est entraînée à s’enquérir de l’origine homophobe, sexiste ou raciste de violences, qu’elles soient verbales ou physiques. La conséquence est que les violences motivées par l’homophobie donnent lieu à des condamnations deux fois plus sévères. Sans exception.
Perspective terrifiante, pour les homophobes

Donc oui, les intégristes de tout poil qui se sont rassemblés par centaines de milliers à Paris ont des soucis à se faire. On voit bien, avec une décennie de recul, qu’aux Pays-Bas l’ouverture du mariage a eu des conséquences tangibles :

plus grande tolérance envers les homos ;
stigmatisation des violences homophobes, verbales comme physiques ;
énorme perte de crédibilité pour l’Eglise catholique ;
pressions pro-femmes et pro-homos au sein des Eglises protestantes ;
isolement/talibanisation de l’extrême droite chrétienne, coupée de l’extrême droite politique et de l’immense majorité des habitants…

Perspective terrifiante, donc.

Pour les homophobes. »

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